ÉCRITS        

QUELQUE PART DANS L'INACHEVÉ
THOMAS FORT MAI 2022

 

Arpenter des territoires, traverser des forêts, contourner des lacs, gravir des montagnes, surplomber des vallées… Les nouvelles œuvres d’Hélène Muheim invitent à parcourir des paysages fantasmés sans véritables points d’entrée ni de sortie. Ils se révèlent à la manière de tests Rorschach, scindés en deux plans principaux, qui, l’un au-dessus de l’autre, se répondent en miroir sans pour autant être symétriques. Bien au contraire, racines, feuillages, troncs, rocheuses, nappes nuageuses s’entrelacent, à l’envers et à l’endroit, dans des compositions organiques fourmillant de détails tout en conservant des contours généraux indécis. En adoptant un point de vue distancié, on a la sensation d’une certaine quiétude. Mais lorsque l’on plonge notre regard dans le maillage complexe des formes et de lignes dessinées, on entre dans des univers imbriqués à travers lesquels l’œil est sans cesse mis en mouvement.
Afin de donner corps à ces paysages, l’artiste pose sur son papier à la texture lisse et veloutée des masses de couleurs à l’aide d’encres mêlées de graphite. Elle fait ensuite émerger sur ces zones des décors qui oscillent entre le naturel et l’artificiel, traités avec finesse et mimétisme. Enfin, elle recouvre certaines parties de ses dessins d’ombres à paupières, le plus souvent pastel, grimant les éléments figurés comme s’ils étaient traversés par une lumière diaphane. Ces tonalités se rapprochent d’ailleurs de celles utilisées pour les colorisations photographiques. Ce maquillage métamorphose symboliquement les mondes représentés en organismes vivants, et renforce leur poésie tout comme leur étrangeté. Parfois, ils se parent de motifs en dentelle inspirés des radiographies osseuses de l’artiste. Ces indices témoignent de l’entremêlement des relations entre l’humain et la nature. Ils font de ces paysages des lieux où dialoguent mémoires collective et individuelle.

L’exposition « Quelque part dans l’inachevé » propose de suivre une ligne d’horizon de 29 mètres rythmée par de multiples paysages. Ce dispositif, spécifiquement pensé pour l’espace de la galerie Valérie Delaunay, nous environne et nous convie à déambuler d’image en image et à s’y projeter. Cette ligne élabore un panorama afin de nous faire prendre la mesure de notre rapport au monde. Accrochée côte à côte, unique ou scindée en plusieurs modules, chaque œuvre contient d’ailleurs un monde flottant étiré dans la longueur. L’artiste y renverse les échelles et y condense des références. Celles-ci sont multiples allant de souvenirs de voyages personnels, à des éléments iconographiques liés à l’histoire de l’art : des ukiyo-e japonais à la peinture chinoise en passant par toiles pittoresques européennes du XVIIIe siècle. Des motifs inventés complètent également ce vocabulaire formel.
Les univers façonnés par Hélène Muheim, entre réalité et fiction, déjouent ainsi la construction culturelle du paysage. Ils dévoilent que ce dernier est toujours affaire de regard et de traduction du réel, selon une partition qui oscille entre objectivité et subjectivité. Il ne s’agit donc pas de copier trait pour trait la réalité, ou d’en livrer des images fidèles et documentaires, mais plutôt de retranscrire, par un geste concentré et délicat, des expériences vécues tant par le corps que par la pensée et l’imaginaire. Pour paraphraser le peintre et calligraphe chinois Dong Qichang (1555-1636), lorsque l’artiste dessine au gré de sa main, elle transmet alors l’esprit du paysage. Si les bords des vallées, forêts, flancs montagneux et autres topographies représentées donnent parfois un sentiment d’inachèvement, c’est pour permettre à celui ou celle qui observe de s’imprégner de ces microcosmes, d’en activer les récits mémoriels ou fictionnels et de faire bruire la musicalité.

wild line on stage, Hélène Muheim
Wild line on stage - 2022 - 70 x 400 cm
module de 4x(70 x 100 cm)
ombres à paupières, encres et poudre de graphite sur papier

RÉTROSPECTIVE IV
PAULINE LISOWSKI  MARS 2021

Hélène Muheim dessine des paysages à partir d’un métissage de références d’œuvres de l’histoire de l’art et de souvenirs de parcours de territoires, d’ascensions dans des montagnes. Le contact avec la nature l’a amenée à se sentir vivante, telle qu’elle l’affirme en parlant de sa démarche artistique. En dessinant, elle restitue des paysages qu’elle tente de maintenir dans leur beauté en prenant soin de nous inciter à cheminer parmi la végétation et une biodiversité, à préserver. L’artiste joue sur un décentrement de nos habitudes de représentation du paysage en dédoublant l’horizon et en proposant d’autres principes de composition qui modifient nos repères.  

Les paysages verticaux d’Hélène Muheim devenus corps, peaux, squelettes, contiennent cette nature fragile et pourtant puissante. Ses dessins ouvrent des voies vers un monde entre l’infiniment grand et l’infiniment petit. Ils présentent une diversité de végétation et de chemins dans différents sens qui nous indiquent des circulations possibles. En prenant le temps de cheminer dans ses œuvres, succession de couches d’encres, de graphites et rehaussés d’ombres à paupières, un monde teinté de magie se donne à voir et révèle d’autres portes vers des écosystèmes qu’on tente de garder en mémoire. Ils nourrissent notre imaginaire. Par sa technique, elle estompe la topographie du paysage tout en lui donnant un nouvel éclat. Ses dessins nous conduisent à une méditation et à éprouver des sensations, provoquant des surgissements de souvenirs.

L’artiste crée un basculement du regard vers des fenêtres de nature qui se réduisent. Ses paysages s’étirent comme s’ils allaient presque disparaître ou se transformer avec les saisons et les bouleversements climatiques. Ses œuvres ne nous indiqueraient-elles pas le chemin vers une attention envers le vivant et les espaces naturels sensibles, encore sauvages, habitats des animaux, gardiens des lieux ? Peut-être que ces milieux naturels qui se réduisent par les impacts humains et le réchauffement climatique ne seront bientôt plus qu’images, souvenirs en mémoire ?

Ses dessins nous mènent vers des paysages féériques. Ils nous inspirent à la fois à une expérience de l’ordre du merveilleux et suscitent la crainte. Dans un prolongement des œuvres des peintres romantiques, ces paysages provoquent un sentiment de l’ordre du sublime. Récemment, des ruines architecturales apparaissent dans ses dessins, tels des signes de présence humaine, des jalons, témoignage de la résilience de la nature. Ses œuvres rendent également visibles des mouvements dans la nature et tendent vers l’abstraction. Pulse/Rorschach sont les images mentales, psychanalytiques, de ces traversées de territoires. L’artiste interroge les visions qui restent en nous et nous marquent. En brouillant l’horizon, elle rend possible de nouvelles perceptions des paysages, devenus traces, images et mirages.
Ainsi, les dessins d’Hélène Muheim condensent des désirs de paysages, d’une nature, qui se réduit peu à peu. Ils nous incitent à suivre des horizons et à nous perdre parmi les végétaux avec lesquels nous tentons d’être en relation.

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Grey childhood - 2021 - 100 x 70 cm
ombres à paupières, encres et poudre de graphite sur papier

ART ON PAPER 2108, RÉMANENCES
ANNE-CÉCILE GUITARD  JUIN 2018


"Pendant qu'elle feuillette les épreuves d'un catalogue, je lui demande : Que fait le dessin? - Le dessin éclaire. Il réconcilie. Il apaise. C'est une caresse. Il affleure. Il guérit. Il est la chose la plus lumineuse qui soit au monde. Il pardonne. On voit au travers comme dans les radios. Il dévoile ce qu'on ne voit pas." Xavier Girard, Louise Bourgeois face à face, Fiction & Cie, éd. du Seuil, p.50 

Penser le paysage, le conceptualiser, le décomposer jusqu’à épuiser toutes ses possibilités formelles... Mais encore? Lorsque j'ai découvert, avec un enthousiasme non dissimulé, les dernières œuvres d'Hélène Muheim dans son atelier, notre conversation a délaissé les poncifs habituels communément associés à la description d'un paysage, pour se focaliser sur un lexique bien différent, celui du corps, le sien tout d'abord. Projection mentale, geste cathartique, ces dessins-mondes issus d'une série intitulée Rémanences nous parlent en effet de l’artiste femme - où plutôt de la femme artiste - qu’est Hélène Muheim, de ses douleurs - elle n’a pas été épargnée -, et de ses joies. Corps meurtri et désincarné dans les sommets éternels, l'artiste franco-suisse - qui a grandi tout près des cimes, s'y est perdue et s'y retrouve encore aujourd'hui -, pour illustrer son travail, me lit une phrase de Henry David Thoreau : " Les sommets des montagnes comptent parmi les parties inachevées du globe, où c’est un peu comme insulter les dieux que d’y grimper, de s’immiscer dans leurs secrets et d’éprouver l’ascendant qu’ils exercent sur notre humanité. Les hommes audacieux et insolents sont sans doute les seuls à y aller." 

Il y a beaucoup d’amour dans son geste, une patience infinie pour parfaire le moindre détail et cette sensualité palpable du papier velouté caressé par ses crayons et ses poudres. Les dessins d'Hélène Muheim évoquent des univers plus ou moins familiers sans jamais vraiment se dévoiler, de véritables défis intellectuels qui requièrent une observation patiente et minutieuse, une lecture à double sens... Amalgames végétalistes aux accents baroques, radiographies iridescentes sur fond noir, les citations sont multiples et l’émotion infinie. Elle me parle des kakémonos de Qi Baishi, des horizons aux tons pastel de Ferdinand Hodler, on pense également aux perspectives bleutées de Joachim Patinir. Et toujours revient lancinant l'écho de ce corps, sous ce paysage dépecé, une ossature aussi fine que fragile.

Le dessin devient acte de résistance, il impose sa propre temporalité, celle d'une une ascension lente et douloureuse, d'un chemin de croix introspectif pour cette Louise Bourgeois écorchée du papier, qui affirme qu’elle travaille jusqu’à extraire la « peau » de ses paysages. Une démarche intimiste et ô combien spirituelle, afin de retrouver, dit-elle, une image plus juste d'elle-même... Chaque dessin est un enfantement. Un temps spécifique de retrait du monde, une méditation. Tout simplement parce que créer, lorsqu'une vocation est aussi viscéralement ancrée en soi, devient nécessaire pour faire face à l'absurdité du monde. 

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PNØMA
PAULINE LISOWSKI JUIN 2016


PNØMA, DES EXPÉRIENCES DE PAYSAGE

Hélène Muheim s'intéresse à la définition du paysage et à ses représentations. Sa pratique artistique est liée à ses voyages et ses explorations, promenades en montagne. Dans ses dessins, elle évoque le contact avec la nature, l'épreuve d'une ascension, le désir d'aller au bout et de se sentir conscient d'exister. Elle interroge le basculement de l'expérience esthétique d'un paysage vers son imagination et son au-delà.
À la galerie Pascaline Mulliez, elle présente un nouvel ensemble d’œuvres de divers formats qui offrent chacune une expérience esthétique d'un paysage. Par ses étranges cadrages, aux limites organiques et la blancheur du vide, l'artiste évoque des visions, des images de rêves. Ses petits dessins présentent des atmosphères oniriques, renvoient à des images de contes anciens...
Face au grand dessin Under the leaves, le spectateur découvre une végétation luxuriante. Derrière chaque feuille, une autre se révèle, dans un jeu de lumière. Hélène Muheim a élaboré une technique particulière de dessin. Elle travaille d'abord à la poudre de graphite et les ombres à paupières viennent rehausser de la couleur et des vibrations lumineuses. Elle cherche, dans ses compositions, à créer un jeu de perception. Son dessin Son âme est restée collée sous ma langue dévoile une forêt dans laquelle les éléments naturels et les animaux s'entremêlent et où surgit un cerf tel un fantôme. Cette œuvre nécessite un temps de contemplation pour que se découvre toute la diversité et richesse de ce paysage. Mountains and trees donne à voir deux horizons, une montagne et une forêt. Derrière, le fond d'un blanc profond laisse la place à l'imagination et à un certain mystère.
Pnøma, le titre de l'exposition raisonne comme une énigme. Il signifie souffle ; par ce choix, Hélène Muheim fait référence à la fois à ce mouvement dans l'air et cet élément vital, ce qui la guide lors de ses longues promenades. À chaque dessin, le spectateur doit trouver sa place face au paysage. Il peut s'y sentir comme englobé par un foisonnement de nature, ou être face un horizon et même plonger son regard dans une image déformante.

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Mountains and trees - 2013 - 200 x 200 cm
Poudre de graphite sur papier

INLASSABLEMENT CE QUI N'EST PLUS
LÉA BISMUTH AVRIL 2013


LA DOUCEUR DU DÉSASTRE
Un paysage est avant tout une construction, une position, face à un assemblage d’éléments naturels ; de même que le portrait, avant d’être portrait, est un visage.
C’est de cette manière qu’il nous revient de découvrir les paysages raffinés d’Hélène Muheim, ses Lignes d’horizon dans lesquelles elle n’investit la page que pour mieux souligner la cohabitation du paysage et de son absence : quelques lignes de crêtes et des sommets enneigés sont coupés horizontalement par une ligne floue et volontaire à la fois, laissant deviner, dans la surface immaculée de la page blanche, d’autres beautés naturelles.
Un paysage est donc construction, mais, ici, il est aussi fondamentalement émotion, comme peuvent l’être une mer de nuages ou une épaisse forêt pour les romantiques allemands.

« Le cœur de la montagne s’est arrêté de battre », dit un titre évocateur qui suggère un effacement, une disparition, une fin universelle. Pour autant, avec une douce résignation, le monde continue à vivre lentement, à un rythme amoindri, comme dans un coma : Hélène Muheim représente ainsi, « inlassablement, ce qui n’est plus », et c’est avec patience qu’elle préserve ce qui reste néanmoins, sous les strates de la conscience, dans le souvenir d’un bruissement du vent dans des feuilles d’arbre ou dans celui d’un drame lointain.
Pour cela, elle « maquille » ses paysages comme on maquille des paupières, délicatement, en estompant tellement que les pigments ne font plus qu’un avec la finesse de la peau ou celle du papier : « je maquille les reliquats du monde », dit-elle. Ces reliquats, reliques et traces, l’artiste les trouve aussi dans l’histoire de l’art, dans les sources qu’elle utilise pour réaliser ses dessins, que ce soit l’œuvre d’un sombre graveur suisse du 19ème siècle représentant la Vallée de Chamonix, celle du renaissant Joachim Patinir ou encore les paysages à l’arrière plan des tableaux de Léonard de Vinci.
Que l’on pense justement aux arrêtes des montagnes bleues de sa Sainte Anne pour saisir la complexité d’un paysage à la fois acéré et léger, violent et mystérieux, en surface et en méandre.

Hélène Muheim dessine aussi des Chimères, les miroirs déformants d’un monde mental dans lequel les formes — pas vraiment organiques, mais plutôt minérales — s’assouplissent se contorsionnent, faisant étrangement penser aux circonvolutions tentaculaires et végétales de l’Art Nouveau.
Dans les plis et les strates se cachent des formes : une femme au bonnet d’âne rappelle d’ailleurs qu’il y a de l’humour aussi dans ce travail, du moins une distance sereine face à certaines terreurs. L’une de ces chimères, one more breath, est un souffle : est-ce là un dernier souffle vital ; ou plutôt un souffle créateur, de communication avec les forces cosmiques de l’univers, à l’instar des Bubbles de Roland Flexner ?
Lors de notre rencontre, l’artiste me parle aussi de ses réguliers voyages en Inde, de marches solitaires, de la mort d’un frère dans une avalanche il y a bien longtemps : le désastre plane, mais n’assombrit pas. Reste des dessins si délicats qu’ils ne peuvent être réalisés qu’à la lumière du jour.

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Rocky Mountains - 2013 - 100 x 70 cm
Poudre de graphite sur papier

SOUS LES PAUPIÈRES D'HÉLÈNE MUHEIM
ANNE MALHERBE 2014

 

Les paysages oniriques d’Hélène Muheim, récemment présentés à la galerie Maïa Muller, sont réalisés avec de l’ombre à paupière, ce qui contribue à expliquer leur extraordinaire velouté. Cependant celui-ci vient aussi d’ailleurs : je ne peux m’empêcher d’imaginer la douceur infinie avec laquelle l’artiste étale et nuance ses couleurs le long des méandres du dessin, comme si elle poursuivait longuement une pensée très lointaine et qu’elle tentait de cerner, entre les courbes et les plissements, une présence ou une sensation intensément désirée, qui se dérobe à chaque fois, avant même d’avoir été complètement saisie. Cette quête prend corps en utilisant certaines ressources formelles de Léonard de Vinci, du paysage maniériste, du romantisme, qui leur confèrent à la fois leur complexité et leur ambiguïté : les formes, mouvantes, se déversent les unes dans les autres, tandis que la matière paraît imbibée d’eau, à deux doigts de l’engloutissement. Les contours de ces paysages affectent également ceux ceux des pierres de rêve. Ils en ont aussi la minéralité instable,proche de l’élément liquide.
Ce qui fait leur beauté, c’est qu’ils se tiennent sur le fil entre une minutie raffinée et la possibilité d’un abandon total dans la matière. Une langueur mélancolique s’y diffuse — celle qu’on peut ressentir en abaissant ses paupières, juste avant de sombrer dans le sommeil. Un peu différent du reste, et qui m’a beaucoup touchée, cet arbre, fragilisé par ses lacunes — mais des lacunes porteuses de lumière.
 

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Le niveau des larmes ne cesse de monter - 2013 - 70 x 100 cm
ombres à paupières, encres et poudre de graphite sur papier

TEXTS

SOMEWHERE IN THE UNFINISHED

THOMAS FORT 2022


Exploring unknown regions, traversing forests, skirting lakes, climbing mountains, overlooking valleys… Hélène Muheim’s latest drawings are an invitation to explore imaginary landscapes, though exactly where they begin and end is unclear. Resembling Rorschach tests, they are divided into two principal planes placed one above the other, mirroring each other but not symmetrical. Roots, foliage, tree trunks, rocks, and layers of cloud intertwine in all directions, creating organic compositions that swarm with detail but whose overall outlines remain indistinct. From a distance, the impression is one of a certain tranquility, but closer observation of the complex mesh of forms and lines reveals interweaving worlds that endlessly invite the gaze to travel. 

To give substance to these landscapes, the artist adds masses of color to her smooth, velvety paper, using ink mixed with graphite. With delicacy and precision, she then calls forth part-natural, part-artificial scenes from those colored areas. Finally, she adds eyeshadow here and there, creating the effect of a diaphanous light that traverses the elements she has drawn, choosing essentially pastel tones of the kind used to colorize photographs. By “making up” her drawings in this way, she symbolically metamorphoses the worlds she depicts into living organisms, accentuating both their poetry and their strangeness. Sometimes, they are adorned with lace-like patterns inspired by x-rays of her own bones, attesting to the connection between human and nature, turning these landscapes into places where collective and individual memories merge.

The exhibition “Somewhere in the Unfinished” presents a 29-meter horizon line punctuated by multiple landscapes. This circular installation, specifically designed for the Valérie Delaunay gallery, invites us to wander from image to image, experiencing each one along the way, while the line creates a panorama that heightens our awareness of our relationship to the world. Hanging side by side, in one piece or in several modules, each work contains the image of a floating world, stretched out lengthwise, in which the artist disregards scale and condenses her numerous references. The latter range from memories of her own travels to iconographic elements from art history: Japanese ukiyo-e prints, Chinese painting, picturesque eighteenth-century European paintings... Her formal vocabulary also encompasses imaginary motifs. 

The worlds that Hélène Muheim calls into being lie somewhere between reality and fiction, circumventing the cultural construction of the landscape, demonstrating that the latter always depends on the perception and interpretation of reality, fluctuating between objectivity and subjectivity. The idea is not to reproduce reality or create accurate documentary images, but to transcribe physical, mental, and imagined experiences, with intense but delicate gestures. To paraphrase the Chinese painter and calligrapher Dong Qichang (1555-1636), “The artist whose hand draws freely transmits the spirit of the landscape.” The impression of incompletion that stems from the indistinct edges of the valleys, forests, mountain slopes, and other landforms allows viewers to immerse themselves in these microcosms, revive the memories or stories they have to tell, and awaken all their musicality. 

ART ON PAPER 2108, RÉMANENCES

ANNE CÉCILE GUITARD 2018


As she leafs through the proofs of a catalogue, I ask her, ‘What does drawing do?’ - ‘Drawing enlightens. It reconciles. Appeases. Caresses. Skims the surface. Heals. It’s the most luminous thing in the world. It forgives. You can see through it like an x-ray. It shows the things we cannot see.’ Xavier Girard,Louise Bourgeois face à face, Fiction & Cie, éd. du Seuil, p.50

Imagine a landscape, conceptualise it, deconstruct it, exhaust its formal possibilities... and then? When I had the immense pleasure of discovering Hélène Muheim’s latest works in her studio, our discussion went beyond the clichés of landscape description and ventured into a quite different lexical territory: that of the body, of her own above all. Mental projections, cathartic gestures… The worlds contained within the drawings in the Rémanences series speak to us of the artist Hélène Muheim and, more especially, of the artist as a woman, with all the suffering and joy she has known. A stricken body, a disincarnate presence among the eternal mountain peaks... The Franco-Swiss artist spent her childhood high up in the mountains, where she lost herself and now finds herself anew. To illustrate her work, she reads me a quote from Henry David Thoreau: ‘The tops of mountains are among the unfinished parts of the globe, whither it is a slight insult to the gods to climb and pry into their secrets, and try their effect on our humanity. Only daring and insolent men, perchance, go there.’

There is an abundance of love in her gestures, an infinite patience in her refinement of the slightest detail, a tangible sensuality in the velvety paper that she caresses with pencil and powder. Hélène Muheim’s drawings evoke more or less familiar worlds but never fully reveal themselves; like veritable intellectual challenges they require patient, meticulous observation and open interpretation. Vegetal interlacings with hints of the baroque, iridescent x-rays emerging on black backgrounds… the citations are many, the emotions immeasurable. She talks to me of Qi Baishi and his kakemonos, Ferdinand Hodler and his pastel horizons, the blue-tinged perspectives of Joachim Patinir. But beneath the dissected landscapes lies the constant, disquieting echo of her fine and fragile body.

In the artist’s work, the act of drawing becomes an act of resistance and imposes a temporality of its own – that of a gradual, painful ascent, an introspective uphill struggle. Muheim, a hypersensitive Louise Bourgeois of paper art, explains that she keeps working until the ‘skin’ of her landscapes is revealed – an intimate, deeply spiritual approach intended, she says, to reflect a more accurate image of herself. Each drawing is an act of bringing-forth, a retreat from the world, a meditation. Because with a visceral vocation such as this, creation is vital. It is the only means of confronting the absurdity of the world.

INLASSABLEMENT CE QUI N'EST PLUS

LÉA BISMUTH 2013
 

THE DELICACY OF DISASTER
A landscape is essentially a construction, a position with regard to a collection of natural elements, just as a portrait, before being a portrait, is a face.

This is the view we should take of Hélène Muheim’s Lignes d’horizon, elegant landscapes in which her use of the page serves to highlight the coexistence of the landscape and its absence: a few ridgelines and snow-capped peaks, traversed by a horizontal line that is both indistinct and deliberate, suggesting other natural beauties on the immaculate surface of the white page.

 

A landscape, therefore, is a construction, but here it is essentially emotion, just as a sea of clouds or a dense forest were emotion for the German Romantics. Le cœur de la montagne s’est arrêté de battre (“The Mountain’s Heart has Ceased to Beat”), proclaims one evocative title, suggesting an obliteration, a disappearance, a universal end. And yet, with gentle resignation, the world keeps turning, albeit at a slower, almost somnolent pace, as if in a coma. Tirelessly, Hélène Muheim depicts “what is no longer there”, patiently preserving what survives beneath the strata of consciousness, in the memory of a rustling in the leaves, in the memory of some distant drama.

 

Gently, then, the artist “makes up” her landscapes, as if applying makeup to eyelids, delicately smudging and blurring until the pigments become one with the delicacy of the skin or paper: “I make up the remains of the world”, she says, also finding these remains, relics and traces in the history of art, in the sources that inspire her drawings: sombre depictions of the Chamonix Valley by a 19th-century Swiss engraver, paintings by Renaissance artist Joachim Patinir, background landscapes by Leonardo da Vinci…  

The blue mountain peaks in Da Vinci’s Saint Anne illustrate the complexity of a landscape that is both jagged and gentle, violent and mysterious, manifest and meandering. 

Hélène Muheim draws Chimeras too – deforming mirrors of an inner world where mineral, rather than organic forms softly contort, suggesting the tentacular plant-like convolutions of Art Nouveau.

 

Forms appear in the folds and layers: a woman with donkey’s ears reminds us that there is humour, too, in these works – or at least, a sense of serenity in the face of certain terrors. Does the Chimera entitled One More Breath suggest the final breath of life, or is it the breath of creation, of communication with the cosmic forces of the universe, like Roland Flexner’s Bubbles?

When we met, the artist also told me of her regular trips to India, of her solitary walks, of the death of a brother in an avalanche, a long time ago… There is disaster in the air, but no darkness. And these drawings are of such delicacy that they could only have been done in the light of day.

FROM THE VISIBLE TO THE INVISIBLE

ANNE CÉCILE GUITARD 2016


“This is in fact an excellent opportunity to establish a rational and historical theory of beauty, in contrast to the academic theory of an unique and absolute beauty; to show that beauty is always and inevitably of a double composition, although the impression that it produces is single – for the fact that it is difficult to discern the variable elements of beauty within the unity of the impression invalidates in no way the necessity of variety in its composition. Beauty is made up of an eternal, invariable element, whose quantity it is excessively difficult to determine, and of a relative, circumstantial element, which will be, if you like, whether severally or all at once, the age, its fashion, its morals, its emotions. {…} The duality of art is a fatal consequence of the duality of man. Consider, if you will, the eternally subsisting portion as the soul of art, and the variable element as its body.“ Charles Baudelaire, The Painter of Modern Life, 1863.

The work of the Franco-Swiss artist Hélène Muheim features the same duality that Charles Baudelaire precisely talks about when defining the Modernity born of the industrial revolution. Muheim draws her inspiration from the many iconographic strata of the history of Western art. Like a speleologist, the artist probes the depths of the visible and invisible, of the supernatural and of life experiences. 
While defining herself as a visual artist, Hélène Muheim is also obsessed with “doing“, which may evoke a practice involved with handicraft. Indeed, she slowly builds her work, equipped with clearly identified tools: paper, graphite, eyeshadow… Etymologically, art was first of all a “techne“. In Ancient Greece, there wasn’t a clear distinction between craftsmanship and art. Art was mostly considered as a skill, a method acquired by apprenticeship and based on empirical knowledge.
Hélène Muheim undeniably belongs to the family of skilled artists. Through her daily practice, she has acquired, developed and perfected her graphic mastering. She has submitted herself to the slowness and demands of her discipline, sometimes until she’s physically and emotionally exhausted. By transposing the sfumato to this silky surface, Muheim works in successive layers: graphite, eyeshadow, rubbing out and once again graphite, eyeshadow… She tirelessly rubs out and tones down her tracings until the pigments penetrate the skin of the luminous paper that she imports from Italy and that she chooses with great care for the fineness of its grain and for its tint. This white and lightly creamy paper is also an open window on a world of loneliness and introspection. It’s a spiritual retreat to the heart of the protected small island that is the artist’s workshop. All in all, skill may be the impalpable, unchanging facet of Baudelairian modernity. 

Hazy landscapes of infinite finesse are born from these endless days of work and research and from pleasure and hard work. In these landscapes, the artist appropriates the atmospheric perspectives of the Flemish and Italian Renaissance, the gloomy beauty of the German romantics or the often grim and disturbing aesthetics of Joel-Peter Witkin or Michaël Borremans. The suggestive power of her “world beyond the clouds“, her “appropriated“, recycled and made-up lands (Bosch, Bellini, Vinci, van Ruisdael, Hiroshige)“ relieve the child’s need of nature after the exhilarating vertigo of climbing Swiss mountains. The emotions showing on the surface of the paper offer many readings to the viewer. Hélène Muheim’s landscapes can suggest a poetic displacement. They’re a reverie that can conjure up an otherworldly exotic land or familiar places full of personal memories. 

These landscapes are sometimes inhabited by human or animal figures and can equally induce a reflection on the representation of landscapes and of the animal kingdom. This may be the circumstantial facet of Baudelairian modernity, just before the fine line dividing the sublime from the disturbing is crossed. In other words, it could be a contemporaneity marked by history and emotions or a forever open and shifting artistic language that questions man’s place in the world without repeating itself. 
Therefore, it would be pointless to assign a precise role to this type of approach in the lush jungle of contemporary art. Because of the many horizons she embraces, the artist works outside of definitions and categories. With all the nobility and fatality of a calling that chose her, the artist tells us: “Being an artist isn’t a profession, it’s a state of mind“.

Anne-Cécile Guitard, Curator, member of the C-E-A (Commissaires d’exposition associés),
Founder of l’Agenda du dessin contemporain